Le programme de la manifestation Machines et Mots, à partir du 8 octobre à la MLIS, est bien chargé, on se permet donc de petits focus sur des éléments de la programmation. Ça vous dit de causer pratiques multimédia et appropriation ? C’est justement l’objet de la conférence du mardi 11 octobre, qui entre également dans le programme des Journées Nos cultures de la ville.
L’intitulé « Outils numériques en ligne : de l’appropriation au détournement. Comment nos usages du web réinventent la production d’une culture populaire ? » peut laisser place à pas mal d’interprétation. Raison de plus pour préciser le contexte dans lequel nous l’inscrivons.
L’utopie originelle d’internet en marche ?
Internet, ou la possibilité inconcevable d’avoir en accès immédiat et plus ou moins libre la quasi totalité des oeuvres de l’art et de l’esprit… Internet, c’est aussi le retournement des canaux de diffusion traditionnels : de consommateur, l’usager peut devenir commentateur, critique, ou lui-même directement producteur de contenus. En somme, le développement et l’appropriation des médias numériques bousculent les frontières des pratiques culturelles (ce qui a d’ailleurs été souligné lors de la dernière enquête sur « Les pratiques culturelles des français« , à l’intitulé historique prolongé d’un … « à l’ère numérique« )
Ce qui nous intéresse, dans ce contexte, ce sont les modalités d’appropriation des nouveaux outils accessibles en ligne par leurs usager.
« Nous pouvons parler d’« appropriation » lorsque trois conditions sociales sont réunies. Il s’agit pour l’usager, premièrement, de démontrer un minimum de maîtrise technique et cognitive de l’objet technique. En deuxième lieu, cette maîtrise devra s’intégrer de manière significative et créatrice aux pratiques quotidiennes de l’usager. Troisièmement, l’appropriation ouvre vers des possibilités de détournements, de contournements, de réinventions ou même de participation directe des usagers à la conception des innovations. »
Breton, P. et Proulx, S., L’explosion de la communication à l’aube du 21e siècle. Paris : La Découverte, 2002, pp. 251-276.
Questionner les réalités d’une appropriation citoyenne et créative
De ces constats émerge une série de questions que nous souhaitons soumettre à nos intervenants et aux participants du public.
Comment s’effectue l’appropriation du web et à quel degré selon le type d’utilisateur ? Qui sont les producteurs de contenus, les consommateurs, les exclus de ces formes d’expression ?
Au delà de la simple appropriation, quels usages et détournements surprennent les observateurs du web ? Entre les wikis, les réseaux sociaux, les 48h de vidéos envoyées chaque minute sur youtube et la prolifération des mèmes (élément repris et décliné en masse sur internet), des pratiques et productions culturelles non anticipés surgissent-elles ? Doit-on parler d’invention, de réinvention, de prolongement de formes connues ?
Quelles sont leurs conséquences sur les pratiques culturelles (un retour de l’amateur « pratiquant son art en loisir » ?), les modes de consommation (la recommandation sociale comme l’un des principaux prescripteurs en matière de consommation ?) ou les modes de production culturels (quelle part de l’innovation peut-elle être attribuée à la société civile ? Quelle récupération par les entreprises ?) ?
Croiser les regards sociologiques et artistiques
Pour discuter ces questions, voici notre dream team :
/// Systaime : artiste multimédia, créateur du mouvement French Trash Touch.
Un véritable touche à tout expérimentateur jusqu’au boutiste de tout ce qui fait la matière d’internet. Remixer le web, retourner facebook, titiller les bugs… son quotidien. Pour situer le personnage, je vous invite à aller faire un tour sur son site, ou jeter un oeil sur ce portrait paru il y a quelques temps sur Libération
www.systaime.com
SUCK MY GEEK / MY SOCIAL NETWORK IS RICH # 3 par systaime
/// Patrice Flichy : professeur de sociologie, chercheur au sein du laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés, Directeur de la revue Réseaux – Communication, Technologie et Société depuis 1993 et auteur du livre Le Sacre de l’amateur.
Nous tenions à l’inviter car nous le tenons comme l’un des théoriciens en France du concept de « pro-am« , terme reflétant l’hybridation de l’amateur et du professionnel, rendue possible et palpable par le développement d’internet et des technologies numériques. Et nous l’aimons, le pro-am ! Lui qui vient renouveller un amateursime décrié et poussiéreux, et bousculer l’ordre établi de l’expertise.
Si Le Sacre de l’Amateur est déjà emprunté dans votre bibliothèque, vous pouvez creuser les mutations contemporaines de l’amateurisme sur le net :
- un bel article qui replace les postulats de base et applications des concepts développé par Flichy : Qui sont donc les amateurs – l’analyse de Patrice Flichy
- explication rapide de ce que sont les pro-ams : le règne des amateurs devenus pro-ams
Patrice Flichy et les amateurs en vidéo :
Patrice Flichy par franceinter
/// Guy Pastre et Christian Combier, de la M@ison de Grigny
La M@ison de Grigny est une association ayant pour objet de sensibiliser les personnes aux usages de l’internet et du multimédia. La M@ison est pôle ressource pour le Grand Lyon sur l’accès public à internet, et coordinateur régional de la Coordination Rhône-Alpes des réseaux de l’Internet Accompagné (CoRAIA).
Quelques autres références qui ont nourri la préparation de cette conférence
- Frédérique Giraud, Olivier Blondeau, Laurence Allard, Devenir Média. L’activisme sur Internet, entre défection et expérimentation », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2008,
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