Machines et Mots touchant à sa fin, je prends un moment pour faire un retour de la table ronde, dense, que nous organisions mardi 11 octobre, à la Maison du Livre, de l’Image et du Son de Villeurbanne. Etaient réunis Pierre Amoudruz, le directeur artistique de l’AADN, en tant que modérateur ; Christian Combier, chargé de mission à la M@ison de Grigny ; Systaime artiste multimédia et Patrice Flichy, chercheur en sociologie, auteur entre autre du Sacre de l’amateur. Grève SNCF oblige, Systaime était avec nous en différé, avec toutes les latences techniques que cela implique…
En préambule, rappel de l’intitutlé : Outils numériques en ligne : de l’appropriation au détournement. Comment nos usages du web réinventent la production d’une culture populaire ?
Christian Combier : « il n’y a pas de détournement »
Christian Combier a ouvert le bal avec un ensemble de réflexions tirées des pratiques avec lesquelles il est en contact à la M@ison de Grigny. Ce qu’il questionne avant tout, c’est la pertinence de parler de « détournement » en ce qui concerne les usages du web.
Des typologies d’usages extrêmement variées
Selon Combier, ce qui est mis en ligne depuis 5 ou 6 ans, ce sont des outils bruts. Twitter, facebook, les réseaux sociaux en tout genre… Les développeurs ont mis en ligne des outils, mais sans en spécifier les règles d’utilisation. Ce sont les utilisateurs qui au fil du temps ont créé les règles du jeu.
Le constat peut être fait pour facebook : finalement, avec un même outil, les typologies d’utilisation sont extrêmement variées. Avec un constat préalable tout de même : sur facebook comme la plupart du temps sur le net, le comportement des usagers est globalement un reflet de ce qu’ils sont dans la vie physique. Les gens curieux sur facebook sont ceux curieux dans la vie, ce n’est pas le net qui va rendre les personnes non curieuses, curieuses.
Rapide typologie des usages possibles sur facebook :
- Entretien des relations familiales et personnelles
- Utilisation professionnelle : espace de travail, de veille, de production professionnelle… Voir par exemple le profil de Lionel Dujol : espace qui permet d’informer la communauté des médiathèques de l’avancée du champs professionnel, des réflexions, travaux, recherches…
- Réseaux mixtes, avec une typologie d’utilisation non cloisonnée : on peut sur un même profil montrer ses productions artistiques, entretenir ses réseaux professionnels et personnels…
- Utilisation pour faire du prosélytisme autour d’un engagement, diffuser des idées
- Utilisateurs voyeurs : profil verrouillé, invisible, pour fliquer leurs gamins ou ex amis,
- Promotion d’idées et d’actions, par les structures professionnelles
- Promotion de produits, marketing par des grands groupes privés
- Les joueurs : ceux qui ne font que jouer.
Des usages orientés par la pression dominante
Toutefois, ces usages sont guidés par une pression dominante, qui peut être économique. Voir l’exemple de Second Life, monde virtuel dans lequel les groupes privés se sont investis pour reproduire le monde marchand, reproduire un modèle tiré de la société physique.
L’exemple de twitter : l’outil de microblogging était neutre, et avait relativement peu d’intérêt à ses débuts. Twitter n’est devenu intéressant qu’à partir du moment où il a été investi par des journalistes, lesquels lui ont donné son usage dominant. Le réseau continue à fonctionner car des journalistes continuent à l’investir.
L’outil blog est un autre reflet de la pression de l’usage dominant : pour la plupart des usagers, un blog est un journal intime mis en ligne. Ce n’est que dans un second temps qu’on se rend compte que le blog peut être utilisé pour d’autres fonctions : journalisme, support de publication d’écrits professionnels… Combier site l’exemple d’une jeune fille ayant créé son skyblog : au début, la seule fonction de son skyblog était de récolter le maximum de commentaires d’autres skyblogueurs. Après quelques années d’utilisation, la maturité aidant, son usage a évolué et maintenant elle y produit ses textes et contes. Même si l’usage majoritaire du blog (journal intime en ligne) est communément admis, ce n’est pas le mot blog qui prédétermine le contenu. Mais on ne passe pas facilement d’un usage majoritaire a un usage créatif.
Les usages dominants sont déterminés par les média, les utilisateurs, et/ou par des enjeux économiques (dailymotion et ses bandeaux publicitaires obligatoires avant chaque film).
L’usage majoritaire peut aussi être un usage classique et normal. La fonction première du jeu vidéo est… de jouer. Mais à partir du jeu vidéo, des usages sous jacents, minoritaires et créatifs peuvent tout de même émerger : les machinima par exemple.
Mais finalement, le nombre d’internautes producteurs de contenu est faible : il serait de l’ordre de 5 à 10%.
Appropriation et (auto-)formation
Les blogs peuvent mettre en scène de nombreuses compétences techniques (capacité de rédaction, d’expression, etc), mais ces compétences sont acquises à l’extérieur du web. Christian Combier questionne la notion d’autoformation : l’autoformation est bien évidemment possible sur le net, avec des tutoriaux, didacticiels, mais uniquement dans une certaine mesure. Si les compétences techniques peuvent être en partie acquises seul face à son écran, il en est autrement pour les compétences sociales pourtant tout aussi capitales. Combier cite l’exemple d’un groupe de personnes âgées accueillies à la M@ison de Grigny et ayant créé un blog collectif. Un jour, un de leurs articles suscité quelques réactions. Les rédactrices de l’article n’ont pas su comment réagir, n’avaient pas saisi la nécessité de réagir, le fait que certains de leurs lecteurs, même s’ils ne se manifestaient pas, attendaient leur réaction. Se posent aussi des questions de modération : sur un blog collectif, qui a le droit de répondre ? En somme, des compétences sociales ne peuvent s’acquérir que par le partage physique. De même, on apprécie différemment les contributions en ligne de quelqu’un une fois qu’on l’a rencontré physiquement…
Combier revient sur la façon dont la M@ison de Grigny met en production les jeunes. Leur philosophie est d’être au maximum dans l’échange. La première étape est de rencontrer les collégiens et discuter sur ce qu’ils font sur le web, les outils qu’ils utilisent, leurs difficultés… Ensuite, ils les questionnent sur leur production de contenu : très peu sont des producteurs, la grande majorité sont sur de la copie, de l’échange de lien, de la transmission de productions créées par d’autres et qui buzzent. Vient finalement le moment de questionner ce qu’ils pourraient avoir envie de créer. Une groupe de jeunes filles a vu sur internet des photos en 3D ? Alors nous allons prendre en moment avec elles pour réaliser des photos 3D qu’elles pourront exploiter sur leurs espaces personnels.

Conclusion :
Deux points à retenir :
1/ Il est très difficile de parler de détournement puisqu’il n’y a pas de règles de base à détourner…
2/ L’élément clé aujourd’hui est l’accompagnement et l’éducation aux outils numériques, qui sont guidés par une utilisation majoritaire ou mercantile. Les autres usages sont peu favorisés. Donc comment faire en sorte que les publics inventent les usages qui les intéressent ? Si on veut développer des usages de création, il faut accompagner les publics à la création de contenu. Quand on regarde de près les espaces où l’on produit de l’information à plusieurs voix : peu de commentaires sont construits et étayés, il s’agit souvent de jugements à l’emporte pièce… Il y a enjeux de qualification, de formation dans la construction d’une parole partagée. Il faut accompagner les citoyens à la production de contenu, quelle que soit la nature de ce contenu. Et c’est un processus long.
Systaime : retravailler la matière web
Systaime a commencé à travailler sur le net pile au moment de l’arrivée des connexions haut débit. Durant cette période, il découvre le web et ses capacités, un mélange entre super media et super médium, dont on peu retravailler la matière, comme la peinture..
Il rebondit sur la question de l’éducation des surfeurs : « on nous a balancé le web dans la gueule sans règle définies, comme avant ça on nous avait balancé la télé pour après coup, nous dire que la télé c’est dangereux… » Alors oui, il y a un enjeu d’éducation, mais il aurait fallu y penser plus tôt !
L’une des ambitions de son travail est de montrer que le web est -aussi- autre chose que ce que les médias en disent et en montrent. Ce qui l’intéresse avec facebook est de ne pas subir les règles, mais les comprendre, les détourner… Au passage, au cours de ses expérimentations, il s’est fait viré de Facebook un nombre incalculable de fois, mais avec une multitudes d’avatars à son actif, il continue d’occuper le réseau.
Afin de comprendre de quelle façon il est possible de questionner, pousser, « détourner » les usages du web, Systaime nous présente une sélection de ses travaux.
Systaime et facebook
MY FACEBOOK LIFE
Jouant sur le décalage entre la teneur des statuts facebook et la réalité…


NETICONE
Recompositon d’icônes pop (Lady Gaga, Maryline Monroe…) rien qu’avec des icones Facebook. Facebook et les réseaux sociaux sont-ils devenus les nouvelles icônes ? Jeu aussi sur la polysémie du mot « icône »…

FACEBOOK A L’ENVERS
Intéressant que des gens qui sont sur le net pour s’échanger des coeurs et des canards soit déroutes en tombant sur ces créations. Ambitieux de se faire se questionner.
Son processus est d’utiliser le media comme un médium, de casser leur truc tout propre.
Facebook à l’envers
Pourquoi prendre le contrepied de Facebook ?
Systaime : Je suis sur Facebook pour expérimenter, par curiosité de l’individu et de la société, mais résultat, je subis aussi ce que fait Marc Zuckerberg, en étant sur facebook je fais de la pub de façon détournée pour le réseau….
Je me reconnais un peu dans toutes les facettes des typologies listées par Christian Combier, mais en contrôlant ce que j’envoie sur le réseau. Et sur facebook, tout est fait pour piéger le surfeur et faire en sorte qu’il se livre au maximum.
Systaime et remix
FREESURF
Travail sur les spam. Plutôt que de subir les spams, parti pris de les décaler, les remixer, afin de se dégager de ce « tout image », même si ce faisant il reproduit lui-même ces ‘images
http://www.systaime.com/freesurf/
SILENCES
Montage de vidéos afin de ne conserver que les silences des discours.
http://systaime-silences.blogspot.com/
REMIX – LA PEUR
REMIX – VIVE LA GUERRE MONDIALE
SARKOZY : « VIVE LA GUERRE MONDIALE » par systaime
Y’a-t-il d’autres personnes sur ces pratiques de remix, de mash-up, de détournement ? De quelle façon ces pratiques évoluent-elles pour toi ?
Systaime – En audio oui, il y a des gens qui font du remix, depuis pas mal de temps, depuis la fin des années 90 (sans compter toute l’histoire du sampling). Au début, personne ne comprenait, et on les mettait en garde : « Oh lala, qu’est ce que vous faites, et le droit d’auteur ! etc ».
Ce que je constate, c’est que les gens se prennnent de moins en moins la tête pour réutiliser des images, même dans des émissions télé. Est ce que c’est bien ou pas ? Je ne sais pas.
Flichy : « c’est une réhabilitation de la figure de l’amateur »
Avant, dans la société pré-industrielle, l’écart était beaucoup plus faible entre l’auditeur et le producteur. Très facilement, les auteurs reprenaient des intrigues d’ailleurs, les reproduisaient, les réinventaient. Dans un monde sans droit d’auteur, le détournement allait de soi. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que le numérique nous réinscrit dans cette tradition, en nous offrons des outils de production ou de diffusion hors norme, proches de ceux des producteurs. Le numérique favorise aussi une réception active (voir l’exemple des fans, développé plus bas). Le numérique permet aussi la prescription.
Introduction à la notion d’ »amateur » : l’amateur est souvent perçu comme un bénévole non professionnel. Il faut sortir de la vision de l’amateur comme étant simplement un piètre professionnel. Si l’on reprend la racine étymologique du terme « amateur », c’est d’abord quelqu’un qui aime, qui fait pour le plaisir, sans contrainte. L’amateur ne se pose pas la question du public, du marché.
On peut distinguer 3 figures de l’amateur :
1/ Le producteur
L’amateur est celui qui réalise, qui fabrique. Ici, le décalage entre professionnel et amateur est faible. Professionnels et amateurs ont le même ordinateur, qui fait office d’instrument unique. Sur ces ordinateurs, ils ont des logiciels similaires. Certaines blogueuses de skyblog maitrisent photoshop de façon quasi professionnelle, en ayant appris avec leurs pairs. Qu’on constate l’évolution des home studio en musique ou des cameras vidéo, les outils de production sont sensiblement les mêmes pour tous, ce qui est un moment rare dans l’histoire. La possibilité d’égalité de tous tient pour le moment, il n’y a pas de limite de diffusion sur le net, les sites de mise en ligne de vidéo mélangent des vidéos d’artistes et d’amateurs. Même si le domaine domaine commence a se segmenter : vimeo s’adresse à de grands amateurs et aux professionnels.
2/ Le fan.
Issu du terme « fanatique », le fan a très longtemps été dévalorisé, perçu comme aliéné aux produits les plus médiocres de la culture populaire. Mais la figure du fan est en train d’être réhabilitée. Le fan, contrairement à la figure précédente, n’est pas un amateur producteur, mais avant tout un amateur de culture. Le fan est un grand connaisseur de certains domaines de la culture populaire, il crée ses propres codes d’interprétation, il « braconne », ramasse des éléments, les réunit et leur donne un nouveau sens.
Avec le fan, il y a aussi un phénomène de réception créatrice, avec une continuité net entre réception et création. Les fans s’emparent de l’objet de leur passion pour produire du contenu créatif en lien.
Par exemple :
- Harry Potter, avec 400 000 Potter fictions, dont 20 000 en francais. Peu a peu, des genres se créent parmi les communauté d’auteurs de Potter fictions, avec leur propres règles.
- les site de remix de musiques de jeu video. (Overlocked remix)
Peu à peu, les fans constituent une communauté d’apprentissage, d’audience, de jugement.
3. Le prescripteur
Personne qui échange autour de son expérience et devient prescripteur. Traditionnellement, l’activité de critique est une activité verticale, descendante. Des communautés de goûts et la proximité facilité par internet change la donne. Peu a peu, ils deviennent prescripteurs. Même si passer sur TF1 reste plus important que buzzer sur le net… La critique est effectivement un champs sur lequel l’amateur pourrait dominer le pro.
Quatre caractéristique à l’activité de l’amateur dans le monde numérique :
1/ L’activité de l’amateur fait partie de son identité : c’est un élément de construction d’identité, comme on peut le voir sur les skyblogs ou les réseaux sociaux, où on cherche à donner une image de soi. Une enquête de l’Insee a étudié de quelle façon les français définissaient leur identité : si 85% se définissent avant tout par leur famille, ils sont 40% à se définir par le travail, et 30% par leurs passions. Par contre, peu de gens se définissent par leur travail, et par leur passion à la fois.
2/ Nouvelle forme d’apprentissage : se pose aussi la question de l’autodidacte, de l’accès à l’information qui modifie le rapport à l’école. Aujourd’hui, on peut apprendre beaucoup de choses seul. Internet se rapproche-t-il de la réalisation d’une utopie des années 60, une société sans école ? Internet peut en être une composante.
3/ Expertise par le bas : en se basant sur une définition de l’expert comme quelqu’un ayant acquis des compétences par l’expérience (à l’image des compagnons du tour de France).
Aujourd’hui, le terme expert est synonyme de spécialiste. Le monde du numérique permet de réhabiliter la première définition de l’expertise basée sur l’expérience. Ici, l’analyse de Flichy rejoint celle de Michel de Certeau, sur les arts de faire, la réhabilitation des savoirs faire du quotidien. Ce développement de l’expertise par le bas n’annihile pas les distinctions entre amateur et professionnels, mais permet un dialogue plus égalitaire et démocratique entre amateur et professionnel.
4/ Nouvelle forme d’engagement : l’amateur numérique s’engage par intermittence. Dans les années 40, bercées par l’éducation populaire, les activités amateurs s’organisaient en fonction du rythme scolaire, avec peu de possibilité de maintenir son activité en dehors de cadres précis. Aujourd’hui, les rythmes s’individualisent,et l’amateur peut avoir des investissement temporels très grands.
Le monde du numérique marque la réhabilitation de la figure de l’amateur, mais celle-ci est tout de même possible avant tout grâce à l’évolution de la société.
Echanges avec le public
Question : les possibilités d’égalité ne sont-elles pas menacées par une liberté sur internet en train de se refermer ?
Flichy : Effectivement, et des stratégies de contournement sont mises en oeuvre : voir l’internet chinois qui passe par d’autres serveurs. Il est aussi question de favoriser certains prestataires dans la transmission de donnée, de taxer la bande passante.
Combier : c’est aussi une question de rapport de force. Le rapport égalitaire entre spécialiste et amateur doit permettre de garantir plus d’égalité de traitement, un débit égal… Avec le projet de l’Internet social, on promet un abonnement moins cher, plus accessible, mais dont la résultante est moins de débit. Est-ce tolérable en termes d’égalité d’accès ?
Ensuite, peut aussi se poser un débat général sur la censure, sur qui décide ce qui est acceptable en termes de détournement… Aujourd’hui, on est dans situation autre que celle des radios libres. A l’époque des radios libres, la crainte était liée au fait qu’elles étaient tout simplement hors la loi (et ensuite la société a modifié sa position en les autorisant). Aujourd’hui, il n’est pas question de délit, mais on est dans la crainte d’un rétrécissement.
Systaime : dans mon activité, je n’ai pas de preuve de censure direct, mais souvent il y a des comptes YouTube effacés, des pages supprimées, TF1 qui porte plainte pour utilisation abusive de ses images… Sur Facebook, du fait de mon volume d’activité, il m’arrive d’être répertorié comme spammeur et donc bloqué. Sur cette question de censure, peu de gens est au courant, mais les partis politiques sont super équipés avec des cyber militants, qui ont notamment pour mission de cliquer en masse sur le bouton « contenu offensant » (qui permet, s’il y a suffisamment de clics, de bannir du contenu) si une page les dérange.
Question : La censure ne serait plus entre les mains du système politique mais de groupes privés ?
Systaime : il y a de ça, mais en même temps, dès le moment où on joue sur une plateforme existante, on est à leur merci. La liberté serait de tout gérer soit même, avec un site hébergé par soi même, etc.
Question : Systaime, tu expliquais que tu utilisais des contenus produits par d’autres. Est-ce que du fait de ta pratique, tu es confronté à des problèmes de légitimation par rapport a monde de l’art ?
Systaime : j’ai un positionnement d’expérimentateur, je ne mène pas un travail lissé et défini avec une seule optique. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, j’ai rarement à me justifier face au monde de l’art, c’est plutôt l’art contemporain qui est venu à moi. Je m’adresse a un public actuel, conscient des évolutions de la société.
Flichy : le rapport aux grands médias s’est constitué sur des rapports de protection. Il ne faut pas oublié que c’est Disney qui a obtenu l’allongement de la durée de la propriété intellectuelle, alors même que son répertoire se base en majorité sur des contes et histoires qui avant lui n’étaient pas protégés !
Au début, les Potter fictions ont fait l’objet de nombreuses actions en justice. Et finalement, le groupes privés se sont rendus compte qu’ils avaient tout intérêt à encourager le mouvement : les fans sont en fait super prescripteurs, une sorte de syndicat des utilisateurs.
Combier : les média de masse se posent de plus en plus la question de la médiation avec leur public. Internet permet de remettre un espace de médiation où le public peut échanger avec le producteur, donner son point de vue… Le développement du numérique oblige les médias à suivre une espèce de charte déontologique.
Flichy : Les modes de consommation se transforment aussi. Le rythme de consommation des séries a évolué avec internet : on regarde les série dès leur diffusion, on peut aussi se voir une saison entière sur un week-end… Résultat, le rapport de force entre les téléspectateurs et les chaînes change aussi : les téléspectateurs peuvent faire pression et être entendu, sur des questions d’ordre de diffusion de rythme de diffusion.. Les chaînes sont forcées de les respecter.
Public : mais, malgré le dénigrement ou la méfiance des grands médias, la légitimation de la culture web ne passe-t-elle pas aussi par eux, qui lui font une place de plus en plus grande dans leurs programmes ?
Systaime : En partie, oui ; mais ce qui transparaît du net dans les autres médias n’est qu’un petit bout de ce qu’il s’y produit. Ce qu’on voit à la télé n’est que la surface immergée d’internet, la partie « recyclage de vidéo gag ».
Pierre Amoudruz : pour conclure le débat, l’impression que me donnent ces échanges est le constat d’une mise en tension de l’accompagnement des publics : on oscille entre nécessité réaffirmer de l’accompagnement, de l’éducation, de la formation aux outils du web ; et une appropriation -qui peut être créative- « naturelle » du web, par l’autoformation, des communautés d’apprentissage… C’est peut-être dans cette deuxième catégorie que les usages expressifs sont les plus visibles, mais est-ce accessible à tout le monde ? Est-ce qu’on ne commence pas à émarger sur une question plus ample, qui serait celle de la montée en compétence de l’ensemble de la société, et pas uniquement sur la question numérique ?
Visuels :
Projet Interludes Numériques – AADN
Atelier photo numérique au collège – M@ison de Grigny
Visuels tirés des indénombrables projets de Systaime
Tags: appropriation, conférence, machines et mots, Maison de Grigny, mlis, Patrice Flichy, ressource, Systaime, usage


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